Critique du concept de prise :

29, août 2006

- la prise est locale comme l’expérimentation s’adresse à un morceau de réel localisé

- la prise est atomisation d’un substrat ; elle est visée atomisante comme si le réel était disjoint : le local disjoint devient alors pertinent; c-à-d qu’on peut en maîtriser la logique sans déborder le local.

- la prise présuppose un preneur (le chercheur) et un pris (le réel) ce qui entre en contradiction avec la politique (les gens se prennent en main sans l’intervention d’un meneur d’expérience) car ou bien le chercheur mène une expérimentation et alors, on peut dire que le réel est mobilisé dans le cadre du dispositif de l’expérimentation, ou bien cela se passe par devers lui sans aucune intervention.

- unicité de la prise (la prise) correspondant à origine localisée des structures dissipatives : une variation localisée s’étend de proche en proche pour former la structure dissipative. Donc une seule prise peut gagner en ampleur et révolutionner le tout.


A quelles logiques avons-nous affaire?

28, août 2006

La logique de l’événement :

La logique de l’événement repose sur la dichotomie essence/accident. L’essence est toujours posée avant l’événement. L’identité dans le temps et l’espace, le même est toujours posé avant. Ensuite, le même est soumis aux aléas de l’accident, de l’événement qui ne change pas sa nature mais l’indexe, la contextualise.

La logique des structures dissipatives :

Cette logique repose sur le processus suivant : chaos (entropie) – événement – structure dissipative

Ici, un événement crée une structure nouvelle qui remplace le chaos (l’état d’équilibre).

Or, en sociologie, cette logique ne s’applique pas : l’état antérieur n’est pas le chaos mais une structure sociale en devenir (un processus évolutif de structuration sociale), ce que l’on pourrait appeler la prise que la société exerce sur les gens et qu’on nomme plus communément socialisation.

Donc, la question qui se pose est la suivante : un événement peut-il s’amplifier au point de transformer ce processus de socialisation ? Je ne le pense pas. Nous n’avons pas : socialisation – événement – resocialisation.

Pourquoi ? Parce que l’événement reste superficiel, ponctuel (ex : la marche blanche). Même une révolution comme événement majeur ne certifie en rien la transformation en profondeur de la société.

En tout état de cause la prise qu’opère le capitalisme n’agit pas par événements, toujours occasionnels presqu’accidentels, énigmatiques (pourquoi tel fait en apparence anodin devient-il événement ?) mais jamais reproductibles, certains. On ne peut se fier à l’événement pour changer les choses ! Le capitalisme agit autrement, en continu, son mécanisme est « permanent » et s’il provoque peu de réactions, c’est qu’il est « invisible », caché, de l’ordre du structurel alors que l’événement est de l’ordre du conjoncturel.

L’événement contextualise la logique capitaliste ; il ne l’enfreint pas. Il s’en nourrit, la retourne à son profit.

La logique de la prise :

Cet ordre me paraît au contraire de celui de l’événement un ordre porteur pour un changement en profondeur ; il faudrait inaugurer une prise qui avec le temps fasse lâcher prise au capitalisme.

Deux solutions sont envisageables : soit, cette nouvelle prise s’impose et donc remplace la précédente ; soit, cette prise s’autodétruit après avoir détruit la prise capitaliste et laisser soudre une société sans prise. Il me semble plus pragmatique de penser que la 2ème option est peu probable : il est difficile de penser une société sans prise. Ou bien faut-il envisager autre chose qu’une prise ?

La logique de la prise opère un renversement copernicien : l’individu-sujet n’est plus au centre de la dynamique mais il est objet de prise et le sujet de la prise est la société, le système bref autre chose qui s’impose à l’individu. La même logique prévaut lorsqu’on parle d’habiter une maison : la maison s’impose à celui qui l’habite.

Donc, évacuer l’individu (conscience) du centre, c’est une première démarche importante.

Mais qu’est-ce qui peut faire prise sur l’individu ? Qu’est-ce qui peut le contraindre ? Le matériel : le manu militari, la contrainte physique. Pas dans le système capitaliste puisqu’il se caractérise justement par une liberté physique optimisée, portée aux nues, proclamée comme bien suprême. Il reste donc l’immatériel c-à-d soit le discours, le sens : c’est le sens qui fait prise, soit, l’affect, le cri, l’émoi. La contre-prise doit donc être soit de l’ordre du sens, soit de l’ordre de l’affect.

La logique du programme :

Le programme comme prise a échoué ; les manifestes ont été disqualifiés pour longtemps.

Le sens qui doit faire contre-prise ne doit donc pas consister en programme.

Mais pourquoi le programme a-t-il échoué ? Parce qu’il s’impose comme prise alors que la prise capitaliste se laisse choisir comme liberté.

Mais comment l’achat d’une marchandise peut-il se lire comme liberté ?

Parce que le sens a été soigneusement canalisé et nettoyé, parce qu’au lieu de choisir entre la marchandise ou autre chose, on est amené à choisir entre la marchandise A et la marchandise B et que tout autre sens a été détruit (les autres modes ancestraux de relations entre l’homme et son environnement).

Le sens qui fait prise dans le capitalisme est du sens produit ailleurs que dans le cercle restreint de l’économie. Ainsi, le lien qui l’unit à ce système n’est pas manifeste.