La socialisation :

29, août 2006

Ce qui caractérise notre monde, c’est la discursivation de la vie humaine. Par la dissociation, la vie humaine est désarticulée en besoin de biens (choses) et de services (relations). Puis, le parcours entre chose et besoin ou service et besoin est rallongé, linéarisé, procédurisé (discursivisé) en étapes et chaque étape est socialisée. A la relation directe chose/homme ou homme/homme est substitué un parcours de relations socialisées.

Ainsi, par exemple, je rencontre ma voisine sur le chemin qui porte péniblement 2 lourds sacs de commissions. Au lieu de lui venir en aide, j’entame le parcours socialisé suivant :

- je téléphone de mon portable (qui remplace le téléphone trop lent) au service d’aide à personnes mobiles pour signaler que je viens de croiser qqn qui a besoin de leur aide ;

- ce service ouvre un dossier sur base de mes déclarations online : (qui remplace l’encodage d’un formulaire trop lent) situation exacte, type de personne, spécification du problème etc ;

- ce service s’adresse à une équipe volante d’intervention située à proximité ;

- cette équipe intervient rapidement pour prester le service demandé ;

- ce service est ensuite facturé (ou gratuit pour certaines personnes dans les sociétés démocratriques à vocation sociale ).

Le taux d’échec de ces interventions (5%) visé par un tableau de bord idoine est ensuite minimalisé : on remplace la voiture de l’équipe d’intervention par une moto, plus rapide.


La portabilité :

29, août 2006

Dès que dans le réel, une chose est déplaçable ou dans l’homme, un mot ou comportement est séparable, la dissociation opère : le réel et l’homme ne sont plus les mêmes. L’homme devient simple support des mots qui se déplacent à travers lui (support de mots), des comportements qui s’actualisent en lui (support d’actions).

En situation, la portabilité des mots entraîne une fracture entre ce qui est vécu, qui se rapporte au support et ce qui est transporté, les mots en circulation. Cette fracture est totale : on peut ainsi dire des mots qui sont en totale contradiction avec la situation que l’on vit. A la limite, la situation que l’on vit n’a plus d’importance et le support devient petit à petit quelconque : l’individu et sa vie de tous les jours se réduit à peau de chagrin.


Production et produit :

29, août 2006

L’économie de la pensée consiste à condenser, comprimer un processus en produit (concept) et l’économie de la praxis consiste également à condenser des actions en automatisme (ex : conduire une voiture, marcher, exercer un sport, dextérité etc). La plupart de nos actions et de nos pensées reposent sur cette paresse : nos pensées comme nos actes sont des allants-de-soi.


L’activation sociale :

29, août 2006

La concurrence entre entreprises au niveau économique est homologue à l’activation entre individus au niveau social : chaque individu doit à tout instant comparer sa situation avec celle de ses voisins, des autres. Se mesurer en permanence, se comparer aux autres est devenu une contrainte sociale qui remplace les modes ancestraux comme la honte ou la culpabilité. De nos jours, c’est l’exposition, l’assertivité, la mise en évaluation sociale, s’exposer au regard de ses semblables. Mériter sa position sinon la perdre. Se battre contre les autres pour conserver ses acquis.

La force du groupe contre l’individu, la force du collectif mesureur. Qui manipule ce collectif via les mass medias maîtrise le monde. Pour que les mass medias fasse leur action (manipuler les masses), il faut que chacun se soumettre au verdict de la masse de ses semblables. Plus d’autonomie individuelle mais une mise sous tutelle permanente.

Au lieu de la sagesse orientale (chaque jour, se réjouir de ce que l’on a en commençant par les plus gros cailloux), la lutte interindividuelle occidentale (chaque seconde, se comparer aux autres et mesurer ce que les autres ont et que l’on n’a pas encore et puis jalouser l’autre en permanence comme moteur de l’activation des réflexes d’achat).

L’insatisfaction comme moteur : elle permet de soustraire des tâches, de la vie quotidienne individuelle, pour être socialisées en entreprise (manger, se vêtir, se loger etc) ; elle permet de s’aliéner, devenir étranger à soi pour soustraire certains éléments de soi (prothèses, chirurgie esthétique, immortalité) ; elle permet de changer de partenaire, de consommer d’autres partenaires médiatiques (affiches publicitaires, films etc) etc. La perfectabilité permanente comme moteur du changement (remplacer ce qui existait de par lui-même par quelque chose de mieux, produit en entreprise).On dit que le monde s’est mis en marche et on nous fait croire que c’est pour le bonheur de l’individu. En fait le monde s’est mis en marche et on utilise l’individu pour activer le changement ; mais le but est la reproduction de l’entreprise, d’un mode économique de fonctionnement et l’individu n’est qu’une étape de cette reproduction. Une étape passagère qui sera dépassée lorsque le changement aura atteint l’intégrité de l’individu, lorsqu’il sera tellement transformé, travaillé pour le bien de l’entreprise qu’il sera disloqué comme la nature le fut (gaspillage des ressources naturelles) en son temps, lors d’une phase antérieure du développement du mode économique. L’intégrité de l’individu ne sera pas sauvegardée dans ce tourbillon de perfectabilité.

La possibilité de nommer 2 choses différentes par le même terme (concept) vise simplement à ouvrir le champ à la substitution de l’un par l’autre. Cet immense champ de pouvoir que le concept ou que le nombre institue, c’est cela la sorcellerie : l’individu est tout à coup deus es machina, dieu tout puissant, à même de modifier le monde, bien sûr pour le transformer en monde meilleur (alibi). Le concept comme champ de pouvoir mental (le romancier comme dieu).


Le concept et le nombre comme réductions :

29, août 2006

Le concept d’arbre est l’addition d’un certain nombre de sèmes (matière + vivante + végétale +…) ; toutes les choses qui possèdent ces sèmes appartiennent à ce concept d’arbre et sont équivalentes (tous les arbres concrets sont équivalents). Cette réduction est de la sorcellerie car lorsqu’il ne reste que les concepts, tout ce qui déborde les concepts c-à-d ce qui ne se laisse pas étiqueté par des attributs est enterré, réduit à rien pour toujours.

Le nombre s’applique après le concept.

Il visent les choses rendues équivalentes par le concept. Il les comptent, effectue des opérations sur elles: les additionne, les soustrait etc. S’il peut opérer de la sorte, c’est parce qu’elles sont assignées à identité (conceptuelle). Deuxième réduction, deuxième acte de sorcellerie car lorsqu’il ne reste que le nombre, tout ce qui déborde ces opérations c-à-d l’intrication des choses, leur connivence, leur engluement est enterré, réduit à rien pour toujours.


La contiguïté publicitaire :

29, août 2006

Le projet millénaire est de casser les contiguïtés naturelles (qui s’imposent, dont on hérite) par des contiguïtés simulées, produites en entreprise (production de syntagmes signifiants). Comme étape intermédiaire, il aura fallu détruire ces contiguïtés naturelles en utilisant l’outil conceptuel et mathématique qui désarticule l’existant. Ces morceaux ou électrons libres sont ensuite mis en syntagme, recomposés pour le profit de l’entreprise : la marchandise est une imbrication de ces nouveaux syntagmes qui se laisse appréhender comme réel incontournable : c’est comme si la marchandise remplaçait le sème universel (la nature) et était susceptible de remplacer tout réel, toute chose particulière.

Prenons par exemple la photographie d’une tranche de vie : chaque élément peut être remplacé par un autre élément, n’importe lequel car tous les liens entre les choses photographiées ont été détruits par le mécanisme même de la photographie : on peut déchirer la photo pour séparer entre eux les éléments photographiés alors que dans le réel, ces éléments sont indissociables. Puis, dans un deuxième temps, on peut remplacer chaque élément par une marchandise équivalente. Ainsi, le partenaire de la femme peut être remplacé par un savon, une auto, un chocolat etc ; le lit de la femme peut être remplacé par une auto, un grand savon, un grand chocolat etc ; les draps autour de la femme peuvent être remplacés par un savon, un chocolat, une auto etc. La flexibilité de la photo permet ainsi de recomposer le réel à souhait (contiguïtés nouvelles), pour le plus grand profit de la marchandise et au grand dam des contiguïtés “naturelles” ancestrale (ex: le partenaire de la femme)!


Analyse des relations sociales :

29, août 2006

La relation sociale “normale” repose sur des liens non pas évanescents mais constants (mariage, parent-enfant etc). Elle est directe, en face-à-face.

La relation sociale médiane est momentanée, activée et désactivée en fonction de l’usage du média. Dépendante du média, la disparition du média entraîne l’interruption de la relation. Cette relation est conditionnée. Le média est nécessaire pour que la relation subsiste. Il est un intermédiaire obligé.

A la différence de la consommation où la relation disparaît dès que la marchandise est entièrement consummée, ici, la relation perdure sous perfusion.

La relation économique consommateur – vendeur est fugace, le temps de la transaction, alors que la jovialité du vendeur laisse croire que le consommateur restera fidèle. Or, sa fidélité ne repose que sur le prix et la comparaison des prix avec des concurrents.

D’ailleurs, le vendeur n’est pas le but de la relation ; il n’est qu’un intermédiaire. Le but, c’est la marchandise. Le vendeur en tant qu’intermédiaire est d’ailleurs remplacé par des machines (distributeurs etc).


Les relations sociales médiatisées :

29, août 2006

Les relations sociales fixes, permanentes sont petit à petit remplacées par des relations sociales médiatisées, éphémères.

1. La relation homme – homme est remplacée par la relation homme – marchandise pour maximiser les marchés de marchandises et parce que l’obsolescence de la marchandise peut être programmée, celle de la relation homme – homme moins.

2. Les relations homme – homme qui subsistent sont de plus en plus médiatisées pour maximiser les marchés de biens de communication et pour maximiser l’obsolescence de la relation homme – homme. En effet, on communique avec des individus situés loin dans l’espace et dans le temps. Ces relations sont moins profondes que les relations face à face et durent moins longtemps. On communique avec des individus chosifiés et démultipliés (les artistes qui deviennent des choses – cassettes – qui se démultiplient). Pour prouver que la relation permanente diminue avec l’économie capitaliste, il suffit de recenser d’un siècle à l’autre pour un individu la quantité d’autres individus avec lesquels il fut, sur une année, en contact (direct ou médiat) . On pourrait constater une progression exponentielle témoin de la démultiplication des relations. Pour justifier cela, on parlera de liberté, d’ère de la communication etc. En fait, la raison est d’ordre économique : la démultiplication des parcelles de liens médiats (payants) discontinus (répétition du payage) remplace la relation permanente directe.