La concurrence entre entreprises au niveau économique est homologue à l’activation entre individus au niveau social : chaque individu doit à tout instant comparer sa situation avec celle de ses voisins, des autres. Se mesurer en permanence, se comparer aux autres est devenu une contrainte sociale qui remplace les modes ancestraux comme la honte ou la culpabilité. De nos jours, c’est l’exposition, l’assertivité, la mise en évaluation sociale, s’exposer au regard de ses semblables. Mériter sa position sinon la perdre. Se battre contre les autres pour conserver ses acquis.
La force du groupe contre l’individu, la force du collectif mesureur. Qui manipule ce collectif via les mass medias maîtrise le monde. Pour que les mass medias fasse leur action (manipuler les masses), il faut que chacun se soumettre au verdict de la masse de ses semblables. Plus d’autonomie individuelle mais une mise sous tutelle permanente.
Au lieu de la sagesse orientale (chaque jour, se réjouir de ce que l’on a en commençant par les plus gros cailloux), la lutte interindividuelle occidentale (chaque seconde, se comparer aux autres et mesurer ce que les autres ont et que l’on n’a pas encore et puis jalouser l’autre en permanence comme moteur de l’activation des réflexes d’achat).
L’insatisfaction comme moteur : elle permet de soustraire des tâches, de la vie quotidienne individuelle, pour être socialisées en entreprise (manger, se vêtir, se loger etc) ; elle permet de s’aliéner, devenir étranger à soi pour soustraire certains éléments de soi (prothèses, chirurgie esthétique, immortalité) ; elle permet de changer de partenaire, de consommer d’autres partenaires médiatiques (affiches publicitaires, films etc) etc. La perfectabilité permanente comme moteur du changement (remplacer ce qui existait de par lui-même par quelque chose de mieux, produit en entreprise).On dit que le monde s’est mis en marche et on nous fait croire que c’est pour le bonheur de l’individu. En fait le monde s’est mis en marche et on utilise l’individu pour activer le changement ; mais le but est la reproduction de l’entreprise, d’un mode économique de fonctionnement et l’individu n’est qu’une étape de cette reproduction. Une étape passagère qui sera dépassée lorsque le changement aura atteint l’intégrité de l’individu, lorsqu’il sera tellement transformé, travaillé pour le bien de l’entreprise qu’il sera disloqué comme la nature le fut (gaspillage des ressources naturelles) en son temps, lors d’une phase antérieure du développement du mode économique. L’intégrité de l’individu ne sera pas sauvegardée dans ce tourbillon de perfectabilité.
La possibilité de nommer 2 choses différentes par le même terme (concept) vise simplement à ouvrir le champ à la substitution de l’un par l’autre. Cet immense champ de pouvoir que le concept ou que le nombre institue, c’est cela la sorcellerie : l’individu est tout à coup deus es machina, dieu tout puissant, à même de modifier le monde, bien sûr pour le transformer en monde meilleur (alibi). Le concept comme champ de pouvoir mental (le romancier comme dieu).