Isabelle se pose la question de la vérité de la prise scientifique. La vérité ne se mesure plus à l’aune du vrai/opinion ou réalité/apparences mais à l’aune de la prise efficace c-à-d réussite/échec.
Mais la réussite de l’action scientifique n’est pas tout. Ce n’est pas la réussite ou l’échec qui importe ; ce qui importe, c’est l’interprétation de ce qui se laisse appréhender comme réussite ou échec. Ce qui se passe n’est pas une nature qui se révèle mais une culture (des opinions) qui se discutent : est-ce que le dispositif n’était pas trafiqué pour que la réussite soit seule possible ou plus probable etc ? On retombe sur de la culture, de la politique scientifique et la prise fiable est un dispositif qui fait consensus et qui laisse à voir une prise qui sera taxée de fiable parce que le dispositif fait consensus. Sinon, elle retombera au statut de simple prise c-à-d de « il y a quelque chose qui se passe mais quoi, on n’est pas d’accord sur ça ». Bref, que l’action débouche sur un effet.
La prise qui se donne à lire comme prise sur une nature (produit) n’est jamais en fait qu’un consensus sur ce qui fait prise (processus).
Quid du capitalisme, de sa vulnérabilité et du marxisme. Si pas le marxisme, à tout le moins, le communisme a fait prise puisqu’il a renversé des régimes politiques et s’est substitué à eux. Donc, l’action a débouché sur des effets. Reste alors à se mettre d’accord sur « les êtres issus de l’expérimentation » communiste : sont-ce des sociétés post-capitalistes ou la répétition du même ? Le dispositif révolutionnaire pose alors problème : tel qu’il a été mené, a-t-il produit l’objet que l’on croyait qu’il allait produire ? La réponse est non ou plus exactement, de nos jours, un consensus se dégage dans ce sens. D’où, comme la prise n’a pas abouti à l’objet que le dispositif visait, il faut changer de prise, essayer d’autres dispositifs. C’est la raison de ce livre. Mais ces nouveaux dispositifs, pour qu’ils soient mis en œuvre, il faut qu’un consensus social (action sociale) se construise alors que tel n’est pas le cas pour le dispositif scientifique : ce dernier peut être actionner par un groupe de particuliers (laboratoire etc) du moment que le descriptif de son élaboration obtienne le consensus de la communauté scientifique. Dans le cas de la transformation sociale, le consensus doit naître d’entrée de jeu. Et c’est là que la question de la mobilisation des masses est mal posée :
- soit un pouvoir essaie de mobiliser les masses mais n’y arrive pas
- soit un pouvoir s’y essaie, y arrive mais l’objet social produit par ce dispositif reconduit l’objet capitaliste
- soit un autre dispositif est proposé (celui d’Isabelle basé sur une autre relation que pédagogique ou missionnaire), il obtient le consensus et l’objet social produit ne reconduit pas l’objet capitaliste.
Question : comment proposer ce dispositif sans instaurer une relation pédagogique ou épistolaire (le livre) ? Il devrait être plutôt construit ensemble !
Question : comment des gens qui ne pensent pas pourraient-ils construire un dispositif ensemble et faire naître ainsi un consensus social (nécessaire à l’action sociale) en construisant ensemble ?
Pour ma part, en tant que « petite main gauche » qui pense, je formule une objection quant à la fiabilité de ce nouveau dispositif, c-à-d qu’il débouche véritablement sur l’objet social visé (un ailleurs au capitalisme) : la facture du dispositif, linéaire, causale, actionnelle (sujet/objet ou processus/produit) me semble simpliste ! Je pense plutôt que le dispositif social (processus) débouche toujours sur un objet social (produit) de même facture. Il faudrait donc :
- bien investiguer le dispositif (comment se construit quoi ?)
- bien investiguer l’objet social (que produire ?)