« Il » – qui est ce il ?
« Faut » – que signifie falloir ? Est-ce une fatalité ?
« Il faut » – qui se cache derrière le « il faut » ? D’habitude, c’est un pouvoir qui ne veut pas se nommer comme tel et qui se cache derrière l’impersonnel « il » qui s’impose « faut ».
« les gens » – qui sont ces gens qui sont visés par ce « falloir ». Ce lieu désigne l’autre lieu par rapport au lieu caché du pouvoir (« il faut »). En quoi ce lieu diffère-t-il de « le peuple », « le citoyen », « le prolétariat » etc.
« pensent » – qui qualifie ce qu’est la pensée et ce qu’elle n’est pas ? Le pouvoir qui se cache derrière le « il faut ».
En résumé : un pouvoir impersonnel qualifie de non pensée ce qui émane d’un collectif qui n’est pas lui et qu’il dénomme « les gens ».
Comme ce ne sont pas les gens mais une autre instance qui définit la non pensée, il est impossible que ce constat émane des gens eux-mêmes. Donc, ils ne changeront pas leur comportement et continueront à ne pas penser.
Ce cri ne saurait contrecarrer la dynamique sociale qui conduit à la non pensée des gens. Cette non pensée est en quelque sorte réactivée à tout bout de champ, continuellement par la reconduction de processus sociaux et un cri ne saurait à lui seul, en tant qu’événement ponctuel empêcher cette reconduction permanente. C’est un vœu pieux qui ressemble plus à une incantation qu’à une praxis qui se met en branle.
« Il faut que les piétons traversent sur les passages cloutés » :Ce règlement, cette injonction émane de l’instance « police de la route ». Ce devoir être traduit en creux le fait que les piétons ne traversent pas toujours comme il faut. De même, le devoir être traduit en creux que les gens ne pensent pas toujours comme il faut.
Mais, si la parole minoritaire mérite qu’on s’y attarde, qui va déterminer que telle pensée minoritaire ne pense pas comme il faut ? Quelle instance ?
L’instance qui énonce le constat de non pensée devrait se nommer comme telle : une position déterminée du champ scientifique qui se rend compte que les professionnels de la pensée ont confisqué la pensée des gens, qu’ils pensent à leur place, comme leur représentants et que cela ne peut plus durer. Cette position est minoritaire dans le champ scientifique. Cette position viserait en quelque sorte à dissoudre l’instance scientifique, les professionnels de la pensée mais également l’instance politique, les professionnels de la politique (partis etc) pour que ces domaines soient réinvestis par les gens. Nous pensons qu’une telle attitude est honorable mais qu’elle présente des dangers. Car abandonner ces lieux ne signifient pas que les gens les réinvestissent automatiquement : d’autres pouvoirs guettent cet instant pour investir la place : médias et publicité pour la pensée ; entreprise pour le politique.
« Il faut que les gens dépensent »
Jamais le capitalisme n’énonce ce genre de sentence. Cela a lieu sans qu’il soit nécessaire de l’intimer.
Comment le capitalisme agit-il alors ? N’énonce-t-il jamais d’injonctions ?
Il en énonce à l’individu – producteur (management) mais pas à l’individu – consommateur. Il utilise la publicité pour parvenir à ses fins. La publicité n’enjoint rien, elle relie la marchandise à des désirs, besoins du consommateur. Elle reformate l’univers mental en créant des liens de contiguïté (liens syntagmatiques) à la Pavlov. Ces liens ont l’avantage d’être flexible (comme l’indice dont le Signifié varie par contiguïté).
Comment voulez-vous que les gens pensent si les mécanismes producteurs de sens (publicité, médias, mode, internet) cassent tout lien symbolique entre Signifiant et Signifié pour y substituer des liens indiciels (Signifiant – Référent occasionnel). Tout concourt à faire « dé penser » les gens, faire voler en éclat leur pensée (accumulée dans des livres, dans une culture – instances trop rigides pour le capitalisme – tous marchés).