Pourquoi « Ce qui nous rassemble » devrait-il être créé alors que l’on naît directement inséré dans des structures sociales (famille, quartier, école etc) qui s’imposent à nous et que l’on ne crée pas. Pour que les gens pensent leurs relations sociales en terme de création, il faudrait qu’ils sentent un manque, une absence à combler.
Or, on assiste à une déstructuration des anciennes instances sociales (famille, école etc) et leur remplacement par des structures économiques (médias, entreprise etc). D’où, pas de sentiment de manque puisque l’économique supplée cette disparition. Mais sentiment nostalgique (les anciennes instances) car ce qui remplace laisse un goût amer dans la bouche. Le marché crée en effet une relation fugace, éphémère basée sur le changement, la liberté de choix là où existait auparavant une relation stable, ancrée dans la tradition. D’un côté, l’argent assure la flexibilité totale de la relation qui peut être interrompue à tout moment ou entamée à tout moment (sentiment d’omnipotence) ; mais l’argent crée aussi un sentiment d’insécurité (si on manque d’argent, on perd tout ; à force de changer, on perd toute attache certaine). Et puis, le nouveau modèle économique de la relation nécessite une activation permanente (il faut choisir ; il faut acheter pour être relier) alors que dans l’ancien modèle, la relation était acquise une fois pour toutes (à la naissance).