Quel autre monde :

29, août 2006

“…lutter…” “…incarner et préfigurer ce que nous voulons créer…”A présent, je suis un plus circonspect face aux propos de Starhawk:- s’il faut lutter pour créer le monde que nous voulons créer, alors ce monde sera un monde de luttes;

- s’il faut vouloir créer le monde pour qu’il se crée alors dans le
monde futur, il faudra toujours compter sur cette volonté pour le
maintenir tel qu’on veut qu’il soit.

Moi, j’imagine un monde futur sans luttes et sans volonté permanente!


L’imperfectude comme moteur de déconstruction:

29, août 2006

Pour contrer la fuite en avant néolibérale, il faut restaurer l’imperfectude.

Accepter l’imperfectude, c’est refuser la socialisation de toutes les activités humaines. Par socialisation, il faut entendre production en collectivités (entreprises) régies par un pouvoir (privé ou public). De plus en plus d’activités humaines sont remises aux mains d’experts, de spécialistes, d’entreprises et cessent d’être effectuées par “monsieur tout le monde”. Les individus doivent abandonner certaines capacités en relation avec des tâches qui étaient auparavant effectuées par eux-mêmes ou par leurs proches (ceux qui sont contigus) sous prétexte que ces tâches seraient effectuées de manière plus rentable par ces experts ou ces entreprises où règne le travail socialisé.

Comment peut-on croire qu’on va travailler mieux pour un autre, quelqu’un d’inconnu, d’indéterminé, au sein d’entreprises où règne la coercition, le travail socialement utile au lieu de travailler directement pour soi ou pour quelqu’un de proche ? Or, c’est la fiction que l’on nous présente.

Bien sûr, la productivité du travail socialisé est plus élevée que l’autre puisqu’on y procède à une économie d’échelle. Mais :

- le travail socialisé ne correspond plus à ce qui existait auparavant et qu’on appelait … autrement … car il est réduction de relations complexes entre soi et soi et entre soi et ses proches en activités additionnées, chosifiées, mécanisées pouvant entrer dans des processus de production collectifs, socialisés. Donc, on gagne du temps mais on perd de la substance, de l’humain.

- le travail socialisé est effectué au sein d’entreprises où règnent des rapports d’autorité. Aussi, le travailleur effectue son activité sous la contrainte et la valeur de ce travail sera toujours fonction de la coercition exercée sur le travailleur.

- l’entreprise privée dont le but n’est pas d’effectuer des tâches socialisées pour le bien du plus grand nombre mais d’effectuer des tâches socialisées pour réaliser du profit va minimiser ses coûts et par là, ignorer sciemment tous les aspects négatifs générés par son activité. A l’inverse, lorsque la personne fait une tâche pour elle-même ou ses proches, elle veille à ne pas engendrer d’effets négatifs puisqu’elle est seule responsable de ceux-ci et qu’elle devra y remédier seule par la suite.

- la minimisation des aspects négatifs générés par l’entreprise sera fonction de la coercition étatique exercée via lois et règlements pour contraindre l’entreprise à effectuer ses activités au mieux, pour le bien-être de tous.

En résumé, l’Etat contraint l’entreprise qui contraint le travailleur à réaliser une activité qui est réduction d’une tâche-phénomène qu’un individu effectuait auparavant. Comment peut-on croire que le résultat sera meilleur ?

Les experts, vous et moi, sommes contraints d’effectuer des comportements dont la portée nous dépasse, dont le sens nous échappe puisqu’ils entrent dans une logique sociale très complexe. Notre comportement perd son sens immédiat. Bien plus, c’est la production individuée de notre comportement de vie quotidienne qui nous échappe petit à petit. Lorsqu’on vit et qu’en situation, on ose un comportement, quel qu’il soit, on s’interrompt machinalement car on se suspecte d’effectuer un comportement socialisé par ailleurs et qu’on ne serait pas habilité à faire. Ainsi : on passe à côté d’un miséreux qui tend la main et on interrompt son mouvement spontané pour laisser aux services sociaux la tâche de s’en occuper. La contiguïté moi-comportement individué est ainsi remplacée par le hiatus moi/comportement socialisé; la contiguïté moi-sens individué est troquée contre le hiatus moi/sens socialisé. Chacun perd la maîtrise de son agir, la maîtrise de son référent immédiat qui est laissé en d’autres mains que les siennes (aliénation vers des “agents” sociaux habilités). Ce processus entraîne :

- un transfert de sens du niveau de l’humain à un niveau supra humain : l’humain devient petit à petit la cellule d’un corps social mondialisé : la cellule ne connaît pas le sens de son agir qui se répercute au niveau du corps entier qui seul en maîtrise la signification.

- l’aliénation car ce que je fais est coupé de ce que je vis et ce que je fais est coupé de ce pourquoi je le fais.

- la séparation, la chosification et la médiatisation de tout ce qui me concerne pour que des marchandises puissent ensuite me le fournir (ex : l’amitié en service, le potager en marchandises etc).


La socialisation :

29, août 2006

Ce qui caractérise notre monde, c’est la discursivation de la vie humaine. Par la dissociation, la vie humaine est désarticulée en besoin de biens (choses) et de services (relations). Puis, le parcours entre chose et besoin ou service et besoin est rallongé, linéarisé, procédurisé (discursivisé) en étapes et chaque étape est socialisée. A la relation directe chose/homme ou homme/homme est substitué un parcours de relations socialisées.

Ainsi, par exemple, je rencontre ma voisine sur le chemin qui porte péniblement 2 lourds sacs de commissions. Au lieu de lui venir en aide, j’entame le parcours socialisé suivant :

- je téléphone de mon portable (qui remplace le téléphone trop lent) au service d’aide à personnes mobiles pour signaler que je viens de croiser qqn qui a besoin de leur aide ;

- ce service ouvre un dossier sur base de mes déclarations online : (qui remplace l’encodage d’un formulaire trop lent) situation exacte, type de personne, spécification du problème etc ;

- ce service s’adresse à une équipe volante d’intervention située à proximité ;

- cette équipe intervient rapidement pour prester le service demandé ;

- ce service est ensuite facturé (ou gratuit pour certaines personnes dans les sociétés démocratriques à vocation sociale ).

Le taux d’échec de ces interventions (5%) visé par un tableau de bord idoine est ensuite minimalisé : on remplace la voiture de l’équipe d’intervention par une moto, plus rapide.


La portabilité :

29, août 2006

Dès que dans le réel, une chose est déplaçable ou dans l’homme, un mot ou comportement est séparable, la dissociation opère : le réel et l’homme ne sont plus les mêmes. L’homme devient simple support des mots qui se déplacent à travers lui (support de mots), des comportements qui s’actualisent en lui (support d’actions).

En situation, la portabilité des mots entraîne une fracture entre ce qui est vécu, qui se rapporte au support et ce qui est transporté, les mots en circulation. Cette fracture est totale : on peut ainsi dire des mots qui sont en totale contradiction avec la situation que l’on vit. A la limite, la situation que l’on vit n’a plus d’importance et le support devient petit à petit quelconque : l’individu et sa vie de tous les jours se réduit à peau de chagrin.


Ce que je pense:

29, août 2006

Nous croyons être acteurs alors que nous sommes agis. Nous sommes pétris de modes de rationalités, de logiques de pensée qui agissent à travers nous. Ma quête est de les décrire dans leurs articulations non pas du dehors, en occupant une position de surplomb mais de l’intérieur, en me mettant en scène comme agi par eux.

Et j’aimerais tant que de ces processus qui me traversent émergent des produits de pensée humbles, tolérants, généreux, ouverts, hospitaliés.


Livre online et autre monde :

29, août 2006

Comme Starhawk le dit, il faut « faire naître ce monde dans la lutte elle-même, être la révolution, incarner et préfigurer ce que nous voulons créer ». Aussi, notre livre online dans la dynamique même de sa confection doit respirer la société que nous voulons créer, société non seulement de pensée mais également de cœur. Les relations internautiques se doivent de préfigurer les futures relations sociales, celles que nous prônons. Aussi, il faut se poser la question de la faisabilité de cela. Les conditions online du livre permettent-elles que surgissent de telles relations ?


” Nous ne pouvons penser que localement, dans la dépendance voulue d’avec les cas où le fait …”

29, août 2006

Donc, collectif local – problème – pensée collective – différence = événement

Problème : comment passe-t-on de la pensée telle qu’elle est envisagée ailleurs dans le livre (pensée individuée non représentable) à la pensée collective ?

Je crois qu’il y a des millénaires, du temps d’avant le symbole, la pensée était locale (tribu, clan) mais qu’avec l’icône puis le symbole, elle est devenue de plus en plus globale, institutionalisée, codifiée, exercice d’un pouvoir de plus en plus étendu (cfr. Pharaons et les cartouches : le pharaon est le seul être individué, les autres sont des collectifs comme les paysans etc) . Avec l’extension grandissante des sociétés vient la disparition du local pour l’universel (les concepts etc). Donc, l’exercice d’une pensée à l’heure actuelle, c’est d’emblée l’exercice d’une pensée globale, universelle. Il est impossible de faire resurgir une pensée locale sinon par lavage de cerveau ! Par contre, il est possible de se diriger de cette pensée globale vers une pensée + localisée (cfr. Nietzsche et la généalogie) en privilégiant la contiguïté dans la communication et les idiomes locaux (lutte pour la survie des langues et dialectes).

Penser, ce n’est pas faire resurgir du tréfonds de soi quelque chose qui serait occulté par la pensée officielle. Non, car notre pensée est forgée par la socialisation institutionnalisée. Il faut confronter notre pensée, la coltiner à d’autres pensées issues d’autres temps (du passé – Dionysos) ou d’autres lieux (la Chine etc). C’est plutôt une praxis de désintoxication (un parcours qui part d’un endroit et prend une direction ) et non pas un désencorcellement (un coup de baguette magique qui lève le voile , la brume qui enveloppe notre raison). Quand on s’accoquine avec d’autres pensées, on se rend compte que notre pensée rationnelle, scientifique est tellement contingente, singulière comme pour Bachelard, le réel est une des actualisations possibles du rationnel).


” qu’il n’y a pas de raison qui vaille indépendamment de la manière dont elle a ou non …”

29, août 2006

C’est la raison qui a besoin.

Donc pour que la raison vaille (aie de la valeur) elle a besoin que les gens qui portent cette raison pensent.

Donc : les gens possèdent une raison qui vaut si ils pensent: on ne peut pas représenter la raison de quelqu’un.


Le symbole versus l’indice :

29, août 2006

Avec le temps, le processus se transforme petit à petit en produit puis le produit perd à son tour de son épaisseur. Autrement dit, le processus caché au sein du produit et dont le produit est la résultante s’estompe pour ne laisser apparaître que le produit fossilisé qui semble flotter en l’air, hors du temps, autonome, toujours déjà créé, naturel.

Le processus de fossilisation est renforcé par le symbole qui se donne à lire comme entité séparée, vivant sa propre vie, malléable à merci au sein de son univers donc coupé de ce qui l’origine. Le symbole est donc adéquat pour parler les produits mais pas les processus.

Par contre, l’indice “se comporte” différemment : il accompagne le processus au lieu de le nommer, le fossiliser dans un expression morte, toujours identique à elle-même, fixée une fois pour toutes. L’indice n’a pas de Signifié fixe ; il est fluctuant ; il présuppose un réel hors de lui duquel il ne se coupe pas. L’indice n’est pas fixé dans le temps ni dans l’espace.


Critique de la logique du local :

29, août 2006

Le local est une logique d’emblée globale : la logique du local consiste à poser d’emblée chaque entité locale comme autonome (de la même manière que la méthode analytique qui légitimise le découpage de portions de réel autonomes). Cette prise de position est globale ; elle pose le global comme composé de multitudes de locals dissociés, parallèles.

De même, la consommation instaure une logique du local dissocié (autonomie des consommateurs) : le capitalisme est donc en prise au niveau local en jouant sur l’individu perfectible – moteur de consommation : l’individu comme lieu de retravail, transformation, remodelage sans fin.

Pour suivre l’inspiration de Sloterdijk, auparavant, seul l’individu comme producteur était visé par le capitalisme ; d’où la domestication du travailleur. De nos jours, c’est l’individu comme consommateur qui est visé par le capitalisme : pour ce faire, il n’est plus seulement acteur dans un processus de production mais acteur dans un processus de consommation et cette activité-là est totale, sans limite, elle touche au génotype : l’individu n’est plus un moyen (travailleur dans le processus de production) mais une fin (espaces, lieux, foyers consommatifs). Aussi, l’individu pour devenir travailleur ne nécessite qu’un processus de domestication (phénotype); par contre, pour devenir consommateur, il nécessite une transformation en prodondeur (génotype). Dès lors qu’on désarticule l’individu pour y extraire de nouveaux foyers consommatifs, on le vulnérabilise, l’insécurise sciemment car le but recherché est qu’il mette en branle un acte de consommation sous couvert d’un désir de sécurisation.